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Very Good Trip: Bob Dylan

Après Bob Marley, Michka Assayas consacre une nouvelle série à Bob Dylan, qui vient d’avoir 80 ans et qu’il considère comme l’un des plus grands artistes du 20e siècle, toutes catégories confondues. L’artiste américain, à la voix et la diction si particulières, a influencé de nombreux musiciens, de David Bowie à Neil Young, en passant par Paul Simon, Jeff Buckley, Bruce Springsteen et tant d’autres. Very good Trip : Bob Dylan (9 épisodes : en diffusion hebdomadaire, le dimanche de 14.00 à 15.00, dès le 4 juillet, et en diffusion quotidienne du 2 au 12 août de 12.00 à 13.00).

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Very Good Trip: Bob Dylan

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Bob Dylan, rock star inattendue



Après Bob Marley, Michka Assayas consacre une nouvelle série à Bob Dylan, qui vient d'avoir 80 ans et qu'il considère comme l'un des plus grands artistes du 20e siècle, toutes catégories confondues. L'artiste américain, à la voix et la diction si particulières, a influencé de nombreux musiciens, de David Bowie à Neil Young, en passant par Paul Simon, Jeff Buckley, Bruce Springsteen et tant d'autres. Very good Trip: Bob Dylan (9 épisodes : en diffusion hebdomadaire, le dimanche de 14h à 15h, dès le 4 juillet, et en diffusion quotidienne du 2 au 12 août de 12h à 13h)



Michka Assayas, nous propose cet été une émission spéciale de Very Good Trip qui balaiera la carrière de Bob Dylan et dont le 3ème épisode diffusé aujourd'hui est consacré à la réappropriation des musiques de tradition américaine par le chanteur. Le titre du cinquième album de Bob Dylan, sorti en 1965, était «?Bringing It All Back Home?». Soit «?on récupère tout ça chez nous?». Et tout ça, c'était le blues électrique, le rock'n'roll, le rhythm'n'blues, la country, soit la musique inventée par les minorités américaines, noires et blanches, que des groupes anglais comme les Animals, les Rolling Stones et les Yardbirds s'étaient appropriée à leur façon. Les musiciens américains, Dylan en tête, entendaient réinvestir parce qu'en fait ça venait de chez eux. Et bien sûr c'était déconcertant pour les admirateurs de la première heure de Bob Dylan, à leurs yeux le grand porte-parole de la chanson folk contestataire engagée. C'est ainsi que Dylan a choisi comme premier titre de la face A de cet album le déconcertant «?Subterranean Homesick Blues?» Dans la forme c'était un rhythm'n'blues, Une sorte de rock'n'roll débité à la mitraillette, aux paroles apparemment sans queue ni tête. Un chapelet d'onomatopées, un peu comme une comptine de cour de récré pour adultes. Les passionnés et autres fanatiques de Dylan, il y en a eu très tôt, se sont évidemment empressés d'y chercher et d'y trouver un ou des des sens cachés. Get sick, get well, hang around an ink well, tombe malade, rétablis-toi, va faire les cent pas autour d'un puits plein d'encre, mais qu'est-ce qui a bien pu lui passer par la tête ? Eh bien, rien de précis, justement. Juste le plaisir de faire s'entrechoquer des syllabes et des images absurdes, comme dans une BD ou un dessin animé. Où l'on pouvait entendre et voir ce qu'on voulait. De ce point de vue, Subterranean Homesick Blues, je ne suis pas le premier à le souligner, a été un rap avant l'heure.



Michka Assayas, nous propose cet été une émission spéciale de Very Good Trip qui balaiera la carrière de Bob Dylan et dont le 2eme épisode diffusé aujourd'hui est consacré à la facette protestataire, mais aussi à la place des femmes à l'aube de sa gloire : Certains ont coutume réduire le Bob Dylan des premières années à ce qu'on a appelé le protest song, la chanson folk politiquement engagée. Mais dès le début, il y avait bien autre chose. Dans une chanson qu'elle lui a consacré, voici comment Joan Baez l'a décrit : «?Tu as jailli sur la scène, déjà une légende, le phénomène incorruptible, l'authentique vagabond, et tu t'es perdu dans mes bras?». Oui, Dylan s'est perdu dans les bras de Joan Baez mais enfin il s'est vite retrouvé. En 1965, c'est Dylan qui est au faîte de la gloire et Joan Baez est, à son tour, dans son ombre. En couple avec Joan Baez, Dyan l'emmène en tournée avec lui en Grande-Bretagne. Et elle attend un geste?: que Dylan, en retour, l'intronise auprès de son public à lui. Or il ne le fait pas. Quand vous regardez le documentaire Don't Look Back que D A Pennebaker a réalisé pendant cette tournée britannique en 1965, on voit la déception et l'amertume se peindre sur le visage de la chanteuse, qui se demande ce qu'elle fout là. Ce n'est un secret pour personne, il l'a reconnu et admis, Bob Dylan a été, jusque tard, un homme extrêmement infidèle. Dans une de ses premières chansons très personnelles, on la trouve dans son quatrième album, «?Another Side of Bob Dylan?», le premier à avoir sérieusement dérangé les puristes de la chanson contestataire et engagée, il a évoqué une brève rencontre, réelle ou imaginaire, avec une femme croisée dans le quartier hispanique de Spanish Harlem, à New York. La chanson s'appelle «?Spanish Harlem Incident?» et commence par ces mots : «?Petite gitane, les bras de Harlem ne peuvent te tenir dans sa moiteur, ta température est bien trop chaude pour qu'on t'apprivoise?».



Michka Assayas, nous propose cet été une émission spéciale de Very Good Trip qui balaiera la carrière de Bob Dylan et dont le 1er épisode diffusé aujourd’hui est consacré aux premiers cris de l’artiste, des cris forcément blues : Un jeune homme seul, une guitare, un harmonica, des paroles énigmatiques où vibre la douleur d’une interrogation politique et mystique à la fois, une voix bizarre, comme on n’en avait jamais entendu, il n’en a pas fallu davantage pour créer un séisme il y a cinquante-huit ans déjà. Le jeune homme écorché qui chantait en 1963 « Blowin’ in the Wind » en a aujourd’hui quatre-vingts. Il est devenu une de ces montagnes dont la simple contemplation donne le vertige. On peut encore se demander aujourd’hui, pour reprendre les paroles de sa chanson, combien d’années encore elle se dressera avant d’être engloutie par la mer. Dans notre regard d’enfants, parents et et grands-parents de ce début de vingt et unième siècle, qu’on ait assisté à la naissance de son talent ou qu’on ait pris le train en marche, la présence de Bob Dylan, de cet immense petit homme, de sa voix, de ses chansons, de ses mots semble là pour l’éternité. Je le compare à une montagne, l’idée n’est pas de moi : quand on lui a décerné en 2016 le prix Nobel de littérature, une décision qui en a sidéré plus d’un, son égal Leonard Cohen, auquel il ne restait plus que quelques mois à vivre, a eu ce commentaire malicieux : « Lui décerner cette médaille, c’est comme épingler sur l’Everest la distinction de la plus haute montagne ».